Le sang sur les sables blancs

La roche est sèche et pâle
Sous le soleil bleui au ciel sans nuage
Les arbres maigres
Pendus calcinés par les incendies
S’émiettent au vent
Quand il y a du sang sur les sables blancs.
La musique est un danseur de corde
Qui ne fait danser
Que les rapaces qui arrachent les étoiles
Et je sens que ta caresse
Est une charogne à mouches électriques
Quand il y a du sang sur les sables blancs.
Demain je te quitterai
Et les oliviers auront soif
Je dessinerai un bateau
Qui viendra me chercher au crépuscule
Ma robe se déchirera aux anneaux de mouillage
Quand il y a du sang sur les sables blancs.

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Port

Brume
Manipulatrice
Quand les réalités
S’entrechoquent.
LEURRE.
La grue
Est ce squelette
Cet échafaud
De dentelle.
Grappin
Qui retient
Les paquebots
À quai
Une griffe
Sur l’impossible
LIBERTÉ.
Là-haut
Apogée de la ferraille
Je crois voir
Ballant dans le brouillard
Un PENDU
Un mannequin
De crin et
De toile à matelas
Voyageur
Sans bagages
Qui n’espère plus
Que cette brume
Se lève…

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Quand le soir vient…

Nos jeunesses n’ont tenu
Aucune de leurs promesses…
Séparés que nous sommes
Par des années de rouille et de fils de fer.
Mais, quand le soir vient…
Y vois-tu la même lune que moi ?
Nous n’aurons pas de seconde chance
Pas d’amour au temps des chrysanthèmes
La vie ne nous offre pas de brouillon
À déchirer et ré écrire.
Mais, quand le soir vient…
Y vois-tu la même lune que moi ?
J’habite peut-être ta solitude
Sans doute habites-tu la mienne
C’est très bien ainsi, mon amour,
Nous ne pourrons jamais mieux faire.
Mais, quand le soir vient…
Y vois-tu la même lune que moi ?
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Monologue hurlant à la lune

Le brouillard ne s’est pas levé de la journée
La nuit est tombée sans qu’il n’y ait eu de jour
Elle s’est cousue, bout à bout aux brumes
En cette humidité sans averse …
Mes cheveux ont un peu frisé
Tu sais, quelques bouclettes enfantines
Sur mon front qui n’est plus d’un enfant.
Je ne t’ai pas attendu
Car je ne t’attends plus
Et d’ailleurs, je me dis qu’en son temps
Pénélope a dû tromper Ulysse
On nous le cache bien
C’est tout !
En novembre, derrière chaque arbre
Dans le brouillard défiguré
Se dissimule
un étrangleur
Un éjaculateur précoce des crépuscules
Un violeur manchot
Je ne crois pas que tu me manques
Parfois j’imagine
Qu’un autre pas froisse les feuilles mortes
En écho au mien
Mais ce n’est pas toi qui marche
C’est l’autre avec son poignard florentin
Et ses baisers en manteau noir
Tu sais bien que quand il s’est pendu
Il m’a légué une chouette effraie
Qui clignote dans mon cerveau débranché
Les chiens traversent les rues
Ils n’attendent pas le piéton vert
mangent des croquettes à l’arsenic
Et jouent à la roulette russe.
Tu es loin, si loin
Que je suis presque sûre ce soir
Que tu n’existes pas
Tu es juste un hologramme qui s’ennuie
Et qui écrit « je t’aime »
Comme on écrit ses mémoires.
Dans les plaines à colza, à betteraves
Hors de la ville de briques et de pluie
Vivent des coyotes végétariens
Des réfugiés politiques
Lassés du rêve américain
Des coyotes qui auraient bien voté Bernie Sanders
Qui, aujourd’hui donnent à la boue picarde
Les haleines du Kansas et de l’Oklahoma
Je me dis que je ne te verrai plus jamais
Qu’il faudra bien que je te déchire en morceaux
Ou bien te confettise à la broyeuse
Avec les vieilles factures d’électricité
Je ne suis pas taxidermiste
Je ne t’aurais jamais empaillé
En te mettant des yeux de verre albinos
J’aurais pu te jouer du piano
Comme autrefois
Mais mon piano n’a plus de touches blanches
Black, black is the color of my heart
DARLING !
Je me dis que ta femme a bien de la chance
Pour le meilleur et pour le pire
Quand ta prostate foutra le camp
Sous les étoiles de mon pays de glaise
J’accroche des cathédrales gothiques
Aux branches des réverbères jaunes et mouillés
Je préfère rêver et broder des vents de drap grossier
Dans ma solitude qui grossit
Comme un cancer indélébile
Que de prendre racine dans un amour
Qui percutera l’iceberg
Qui se tourne les pouces depuis le Titanic
Black, black is the color of my heart
DARLING
Et le dernier train a déjà du retard.
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Premières neiges en Ohio

Le bois est dans la remise
Et peu à peu, s’est éteint
Le cuivre vénéneux de l’été indien.
Le matin s’enveloppe de laine
Dans les premières anthracites
Des ciels qui renoncent…
Au bonheur éphémère.
Le jardin se replie doucement
Mutique, secret, désabusé
Il se replie
Sur les orgies humides
Des chaleurs d’été.
Tu le sais…
À la dureté toute neuve des nuages
Peut-être…
À la raideur dans ton dos
D’homme du sud
Qui ne se résignera jamais à l’hiver
Sûrement
Tu le sais…
Tu as sorti la pelle sur le porche
Rentré le vélo d’un gamin
Qui traînait encore
Dans l’herbe devenue herbe de peu
Tu le sais…
Il neigera demain.
La maison va se recroqueviller
Dans un blanc bleu interminable
Dans un silence floconneux
Juste déchiré parfois
Par les cris des coyotes
Dans les échos de la nuit
Par les gémissements de la lune
Accouchant d’une lueur glacée
D’opaline frigide.
Au sous-sol, tu as stocké l’eau,
Les provisions
Pour ces longs jours
Où personne ne sortira.
Tu as fait ton devoir de chef de famille
Et tu as hâte de retrouver tes rêves interrompus
Tes livres de coeur
Tes partitions en désordre
Près de la cheminée exhubérante.
Par la fenêtre de la cuisine,
Tu jettes encore un coup d’oeil
Au ciel gravide de blizzard
Et tu vérifies dans le tiroir de la grande table
S’il reste des bougies
Pour les jours sans électricité.

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Chambre 242

Mes lèvres t’ont trouvé
Tout au bout de ta peau
Tout au bout de tes pudeurs tremblées
De vieil adolescent
Et le baiser a ce goût frissonnant
Quand l’étreinte bégaie et hésite.
Mes doigts habitués de Rachmaninov
Se font légers, en demi-teinte
Et ne font qu’effleurer, affolés
Ta timidité oppressée
D’homme tendre, à genoux
Qui n’a pas toujours été heureux.
Je te berce de caresses,
Arabesques et encre de chine
Mais cette berceuse-là
Ne t’abandonne pas au sommeil
Quand je devine ton souffle qui palpite
Comme un moineau tombé du nid.
Ne rougis pas mon amoureux funambule
Si je te dis que ma main
Qui se glisse ensorcelante ensorcelée
Dans ton vieux jean trop mûr
Et trop serré
Devine la couleur vénitienne
De ta toison intime
Et que ton ventre durcit et se cabre
Comme un cheval venu avec les vagues.
Tu cèdes au vertige
Tu es devenu une digue de dentelle
Dispersée par le vent
Et tu gémis en grand orage blessé que tu es.
Certains ferment les yeux
Quand l’écume les submerge
Toi, tu me murmures, comme désarmé de soupir:
« J’aime tant tes cheveux… »

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Extrait du merveilleux grand poème de Paul Davies que j’ai eu le bonheur-et les suées-de traduire.
Avec Paul, nous avons enregistré les versions anglaise et française et nous étions au bord des larmes à la fin de l’enregistrement.
C’est Paul, lui-même qui a réalisé le film avec la jeune et bouleversante Mahaut Heurtebise.
Notre modeste contribution au centenaire de 1918.
Bientôt, une version intégrale et une performance sur scène, à deux voix, entre Paul et moi.

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